Profession Contrebandier


Nous y faisions allusion dans plusieurs articles, et l’on pouvait déjà en deviner la trame à la façon dont je m’exprime : l’un des aspects qui m’attire le plus dans Star Citizen est l’affolante diversité des styles de jeux qui y sont possibles. A la différence de nombre de jeux, MMO ou non, qui vous orientent de manière plus ou moins subtile vers une vocation de prédilection, en vous laissant juste assez de marge pour vous laisser croire que vous avez le choix, Star Citizen s’annonce comme une expérimentation permanente, qui assume pleinement son côté sandbox.

Je m’explique.

Dans un RPG hors-ligne, à un joueur, que ce soit dans le contrat de départ ou non, le jeu s’oriente généralement autour d’une quête principale, un passage obligé, dans lequel les développeurs ont investi un temps et des ressources considérables : un scénario qui vous amène visiter le vaste monde (parfois écrit par un singe, mais ce n’est pas le sujet), des personnages avec, dans le meilleur des cas, une personnalité et des valeurs qui leur sont propres, une narration un peu travaillée, et un grand méchant antagoniste voulant asservir / détruire le monde dont vous devez contrecarrer les plans.

Que vous le vouliez ou non, vous, le héros de la prophétie, êtes contraint de suivre ce qu’on appelle un corridor, vous amenant d’un point A à un point B. Vous avez parfois le droit de vous arrêter pour admirer la vue du haut d’une montagne, parfois la possibilité de rebrousser chemin pour revisiter une zone qui vous a plu, de prendre quelques heures pour en apprendre plus sur l’histoire d’un village, les PNJ qui le peuplent. Vous pouvez passer quelques heures à développer vos talents de forgeron, ou à explorer des ruines abandonnées.

Mais dans tous les cas, la trame n’avancera que lorsque vous reviendrez sur les rails de la quête principale. Si vous ne rencontrez pas d’ennemis pendant un long moment, c’est que vous n’êtes pas sur le chemin prévu d’office.

Il  n’est pas entièrement surprenant que les MMO, partis de cette base, proposent en ligne de mire du combat PvE contre des monstres toujours plus puissants, du combat contre d’autres joueurs, ou des quêtes impliquant toujours plus de combat. Si vous en avez marre de toujours taper des pixels agressifs et que vous préférez devenir le plus grand travailleur du cuir du royaume, réputé pour votre art, amasser une fortune, créer votre atelier, recruter des apprentis, et vous construire le manoir de vos rêves, vous allez toucher un plafond de verre, comme ces fameux murs invisibles qui vous empêchent de vous aventurer là où les développeurs n’avaient pas prévu que vous puissiez aller.

Même chose si vous voulez explorer les recoins du monde, documenter le mode de vie des tortues géantes ou créer un vaccin contre l’épidémie qui ravage les contrées des Maleterres, bien que vous ayez tué la source de la corruption 101564 fois auparavant. Vous allez vite vous ennuyer.

Les rares jeux qui, à ma connaissance, ont été construits de telle sorte que le joueur puisse s’affranchir entièrement de la destinée que d’autres ont prévu pour eux, sont la série des Elder Scrolls, la série des Mount & Blade (vous pouvez choisir de créer votre propre royaume, devenir un vassal, un marchand, un chevalier, un hors-la-loi, un mercenaire, appuyer un prétendant au trône, et même faire tout ça à la fois) ainsi que les jeux à la Minecraft, où vous êtes entièrement libres de construire votre propre monde, pourvu qu’il soit cubique.

Ainsi, vous ne serez pas entièrement surpris de l’introduction d’une nouvelle rubrique : quelle est votre profession ?

Un univers sans limite ?

S’il est vrai que je m’enflamme peut-être du fait que Star Citizen, à l’heure actuelle, se rêve plus qu’il ne se joue, et que la réalité sera peut-être plus dirigiste, j’aimerais souligner certaines des vocations qui seront permises par le système de jeu, afin de vous inspirer à créer une histoire qui sera pleinement la vôtre, plutôt que de devenir un énième Boba_Fett_du_93.

Pour commencer cette série, j’ai choisi la voie du contrebandier, car, égoïstement, c’est un archétype qui parle plus à mon imaginaire et à mon caractère que celui du bon soldat d’alignement Loyal Bon qui fait ce qu’on lui dit pour défendre la veuve et l’orphelin. Rassurez-vous, il y en aura pour tout le monde.

« Vous pensez que votre honneur est une armure brillante qui vous protège. En réalité, elle ne fait rien que vous ralentir et gêner vos mouvements » Peter « Littlefinger » Baelish.


« Le chaos est une échelle ». Petyr Baelish, tel que joué par Aiden Gillen dans la série Game of Thrones.

Le type de personnage du Scoundrel, d’alignement Chaotique Neutre tel qu’on le qualifie généralement, me fascine : c’est un vagabond, débrouillard, qui a trempé dans toutes sortes d’affaires un peu louches et vu les quatre coins du monde. Il a de la bouteille, il en a vu des vertes et des pas mûres, et en conséquence, il ne croit plus vraiment au bien et au mal, seulement aux nuances de gris, aux conflits d’intérêts, et voit le monde à travers un prisme de coût / bénéfice. Son expérience et sa chance un brin insolente, défiant toutes les probabilités, lui donnent une assurance insupportable pour le commun des mortels, car il est persuadé que sa bonne étoile et son sens de la ressource le sortiront de n’importe quel faux pas.

C’est un pragmatique un peu gredin, qui n’ira pas mourir pour une cause qui n’est pas la sienne, et qui n’a pas peur de déjouer les règles quand ça l’arrange. Sauvage, imprévisible et romanesque, ce n’est pourtant pas un mercenaire, car s’il privilégie parfois le juteux contrat à l’option moralement justifiable, il est également capable de prêter ses services à une cause désespérée. Du jour au lendemain, il peut amener une cargaison d’armes au plus offrant, et des biens de première nécessité à une population sinistrée. Il peut travailler pour le plus offrant, et tout laisser tomber pour la vie d’un wookie ou les beaux yeux d’une princesse.

Vous le traitez de vagabond, de paria, il vous dira qu’il est un aventurier. Vous le traiterez de rapace, il vous répondra qu’il est entrepreneur. Que de toute façon, les gens voudront des armes, des drogues et de l’alcool quoi qu’il arrive, alors autant profiter des opportunités pour arrondir les fins de mois.

Les personnages incarnant le mieux l’archétype du Scoundrel dans l’inconscient collectif sont le Han Solo de Star Wars, le Rhett Butler d’Autant en emporte le Vent, et Kenny Nesbit, le personnage de Harry Potter que College Humor voulait faire figurer dans le manuscrit d’origine. Imaginez le type qui coupe à travers tout le bullshit, se concentre sur ce qui marche vraiment, et sait exactement où aller chercher ce qu’il lui faut. Les livres n’auraient pas tenu plus de 100 pages, et les matchs de quidditch seraient un joyeux bordel où tout le monde essaie d’attraper le vif d’or, puisque c’est la seule chose qui compte vraiment.


Le personnage de Snake Plissken, joué par Kurt Russell dans New York 1997

Si le jeune spectateur veut être Luke Skywalker pour contrôler la force et agiter un sabre laser, l’adulte vivant dans un monde sans magie veut être Han Solo : badass, joué par Harrisson Ford ou Kurt Russell, ayant travaillé pour l’Empire, ayant gagné le vaisseau le plus rapide de la galaxie sur un pari, assez riche pour ne plus avoir à accepter de mission qu’il n’ait pas choisi, et qui récupère la fille à la fin, aux dépens du Gentleman. Evidemment.

Alors oui, parfois, c’est moins réussi, et on se retrouve avec Lyndon de Diablo III ou Atton Rand de KotoR 2. Mais bon, comme la pizza, même quand c’est raté, ça reste mieux que les légions de prêcheurs avec un bâton dans le cul.

Et pour conclure le tout en images, je vous propose la vidéo du talentueux years1hundred (le créateur du trailer imagine), doublée par le non moins doué Trendane.

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